Roland Barthes nous avait tout expliqué mais qui l’a lu? Pas moi. En 1957 dans “Mythologies” il nous dit que chaque époque à son objet sacralisé. Cela pourrait donner l’automobile comme objet d’après guerre et l’Ipod/Iphone aujourd’hui.
“La star c’est le produit” formule héritée des années 80 a encore cours dans le mkg du luxe. La star n’est pas encore le client. Vous voulez des exemples? Sac star énormes/lourds/pas pratiques. Chaussures griffées qui vous font mal au pied. Supercar dans lequel on est mal assis. Montres où il faut avoir fait l’ENA pour lire l’heure…
J’ai l’impression qu’à part deux ou trois exceptions le marketing du luxe se pratique comme il y a vingt ans et pourtant la cible changé. La “jeunesse” -moins de 40 ans- ne veut plus de politique, plus de presse, ces marchés voués à disparaître étant seulement encore viables chez les 50 ans et plus. La résidence secondaire est remplacée par l’hôtel, le spa. Le web remplace les magazines. La voiture fait place aux objets nomades, les syndicats disparaissent mais Facebook explose en quelques années, la surconsommation est remplacée par le bio et l’éthique, le moyen de gamme par le low cost.
On ne peut plus vendre n’importe quoi, du logotisé sans âme, du soi-disant luxe au travers de l’image et du prix, le consommateur est de plus en plus averti, informé, et les influenceurs/bloggeurs peuvent détruire en quelque heures un plan marketing préparé depuis 6 mois.
De nouvelles oppositions se font jour car le fossé générationnel est énorme. Finis les Tub Citroën remplis de képis qui vont à l’assaut des barrricades de 68, les enjeux et leurs batailles sont dématérialisés, comme les produits financiers.
Il y a 20 ans, 30 ans, le conflit générationnel était visible, réel. (cheveux longs, hyppies, punk, mod’s etc..) Aujourd’hui à part quelques groupes “durs” aux signaux forts, les signaux sont plus faibles, et surtout plus mouvants, donc moins contestataires, moins terrifiants mais le territoire du conflit générationel est beaucoup plus virtuel avec les outils e-connectés.
Le mkg du luxe doit aussi apprendre à gérer ces contraires :
Produit/réel/payant en opposition avec (VS) service/virtuel/gratuit. Quart d’heure médiatique Warholien VS surexposition permanente dans les réseaux sociaux. Propriété VS leasing. Valeur patrioniale VS arbitraire de la valeur économique. Matérialisme VS développement durable. Heureusement certaines barrières à l’entrée vues dans le premier post, en fait les fondamentaux du mkg du luxe protègent encore son approche mercatique (J’ai mal au pied, suis mal chaussé VS mais je veux ces chaussures). Plus pour longtemps.
Spencer Stuart qui a fait une étude sur plus de 100 CEO/Managers/Influenceurs du luxe.
-68% de ces CEO ont passé la majorité de leur carrière dans le luxe ( ou secteurs proches : retail & fashion).
-Pour le reste des 32%; 11% viennent des FMCG (le trend de demain).
-75% des leaders sont européens. (Super! avec 60% du CA en Chine/Corée/Asie/moyen orient..)
-11% des CEO sont des femmes VS 1.3% dans le FTSE eurofirst 300(FE300).
-10% des CEO ont un MBA contre 23% dans le FE300.
Dans un milieu où la chaise musicale se joue tous les jours, où rentrer “en luxe” est difficile, où toute sortie est définitive, le mkg du luxe est-il prêt à changer?
Mais comment faire dans les pays émergents là où L’Oréal recrute à la sortie des universités depuis 20 ans? C’est là que l’on mesure toute la méconnaissance que le mkg du luxe a de sa clientèle. Le changement viendra des recrutements faits dans l’hospitality, dans l’entertainement, et bien sûr cosmétiques et FMCG. Sémiologie, comportement des groupes; études sur : trial and cross/upselling, repurchase, identification des signaux faibles… voici l’avenir de l’analyse du mkg du luxe.
Pourquoi? Un exemple parmi tant d’autres : il est quand même hallucinant de voir que certaines marques de montres continuer à développer des modèles dont leur clientèle actuelle et future ne veut pas, ces montres, on va les retrouver neuves d’occasions dans les réseau parallèles, cela tout en sous utilisant leur capacité de production pour des modèles qui se vendent très bien et qui sont l’ADN de la marque.
Ce qui changera aussi le mkg du luxe ce sont ces gars pas rasés, casques sur la tête, derrière quatres écrans, 3 Mac et un PC. “-C’est qui lui, il est nouveau? -Oui je crois qu’il s’occupe de l’analyse des ’média sociaux’.” L’avenir est rose pour les e-marketeurs.
Fin de la mini-série. Vive Sup de Luxe même si 20 ans après les étudiants et le monde ne sont plus les mêmes. Heureusement, restent luxe, calme et volupté.